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Weidesheim
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" 1er Novembre 2006
Il y a un an jour pour jour j'allais avec A. déjeuner chez son oncle, dans un village des Vosges dont j'ai oublié le nom ; mais je n'ai pas oublié leur maison de pierres et de poutres, avec ses alcôves dans les murs, abritant des statuettes de la vierge et de petites branches mortes, ni les trois gamins blonds, ni le repas pantagruélique et la ballade en voiture à travers d'autres villages ensuite, à la tombée de la nuit, avant d'aller au cimetière - un cimetière de campagne, silencieux, plongé dans l'obscurité, retiré. La lenteur avec laquelle nous progressions en voiture me faisait penser à une procession - l'équivalent moderne d'une procession, avec la lueur rouge des feux de stop en guise de cierges.
Je pensais à tout cela, ce soir, en revenant de Weidesheim, coincé à 60 km/h sur une départementale, entre deux voitures ; à cette visite au cimetière et à cette Toussaint 2005 qui reste un de mes meilleurs souvenirs - sans raison particulièrement noble, mais juste parce que c'était une bonne journée et une bonne époque.
J'étais parti en fin d'après-midi, sur un coup de tête. Weidesheim. Je voulais y aller et je voulais y aller de suite. J'avais roulé aussi vite que possible, le pied au plancher pour arriver avant la nuit. Après Wittring j'avais commencé à ralentir pour ne pas rater le petit chemin de terre qui s'enfonce dans la forêt, et qu'il faut prendre pour entrer sur ce domaine. En sortant j'avais cru être dans un rêve, un film, ou un livre.
Un cimetière avec une vingtaine de tombes tout au plus, des fermes ancestrales, un château et une propriété au bout d'une allée bordée d'arbres, des murs en pierre... le tout, absolument invisible de la route, insoupçonnable, indiqué nulle part. J'avais l'impression de me trouver sur un domaine secret et hors du monde ; le domaine sans nom. Mais la fête était terminée, ou n'avait jamais eu lieu, et j'y étais seul.
Je retournerai sur ce Domaine et l'explorerai. Ou m'y perdrai, ce qui revient au même."
J'ai découvert Weidesheim en novembre 2006 - le premier novembre pour être précis. Le lendemain allait être le jour des morts, des morts j'en avais beaucoup, au propre comme au figuré, et moi-même je ne me sentais pas très frais. La vie à Paris m'avait harassé, épuisé ; la violence de la ville elle-même, de sa géographie, des rapports sociaux qui s'y composent ou plutôt s'y décomposent continuellement - une sorte d'implosion sans fin, de trou noir social - avaient été une expérience meurtrière, soldée par un échec. Je n'avais plus qu'à me terrer dans un petit coin de campagne, le plus petit possible, le plus reculé, le plus pluvieux et le plus triste possible. Alors Weidesheim était venu à moi au détour d'une départementale.
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Comment décrire ces promenades où l'on se retrouve projeté, au détour d'un chemin, et en s'éloignant seulement de deux ou trois pas, dans un tout nouveau monde, insoupçonné et inespéré ? Comment la banalité d'un récit, de quelques photos vespérales, pourrait-elle retranscrire l'expérience ?Elles ne le peuvent pas, tout simplement.
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Pour découvrir l'histoire de ce hameau : http://meyer.famille.free.fr/ahk/